La faim continue de s’aggraver dans le monde arabe (rapport)

Près d’un tiers de la population de la région, soit 141 millions de personnes, a connu une insécurité alimentaire modérée ou grave en 2020.

La faim continue de s’aggraver dans les pays arabes estime un rapport de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO) publié jeudi.

Ce rapport, intitulé « Proche-Orient et Afrique du Nord : Aperçu régional de l’état de la sécurité alimentaire et la nutrition 2021 », constate que le nombre de personnes souffrant de la faim dans la région a atteint 69 millions en 2020.

La FAO pointe notamment « les crises prolongées, les instabilités sociales, les conflits, la pauvreté, les inégalités, le changement climatique, la rareté des ressources naturelles et les répercussions économiques de la récente pandémie de covid-19 ».

Ainsi, les données et analyses présentées dans le rapport concernent les États suivant : l’Algérie, l’Arabie saoudite, le Bahreïn, les Comores, Djibouti, l’Égypte, les Émirats arabes unis, l’Iraq, la Jordanie, le Koweït, le Liban, la Libye, le Maroc, la Mauritanie, le Sultanat d’Oman, Qatar, la République arabe syrienne, la Somalie, le Soudan, la Tunisie, le Yémen, ainsi que la Palestine.

Toujours, selon le rapport, « près d’un tiers de la population de la région, soit 141 millions de personnes, a connu une insécurité alimentaire modérée ou grave en 2020 », alors que l’année précédente il y’avait 10 millions de personnes en moins.

«Dans la région, les conflits restent l’une des principales causes de la faim, puisque celle-ci frappe environ 53,4 millions de personnes dans les pays et les zones touchés, soit plus de six fois plus que dans les autres pays», déclare Abdulhakim Elwaer, Sous-Directeur général de la FAO et Représentant régional pour le Proche-Orient et l’Afrique du Nord.

«Il pourrait ne pas y avoir d’amélioration visible de la situation cette année puisque les principaux facteurs de la faim vont encore s’aggraver», ajoute-t-il.

— Sans la pandémie la situation serait identique

Même si les auteurs du rapport pointent du doigt la pandémie de covid-19, ils estiment que « la région arabe n’était pas en voie d’atteindre ses objectifs liés aux cibles des Objectifs de Développement Durable (ODD) concernant la faim et la nutrition ».

En revanche, « les effets de la pandémie ne sont pas encore pleinement perceptibles sur les indicateurs de nutrition, mais l’aggravation de la situation en matière de sécurité alimentaire donne à penser que davantage de personnes ont du mal à avoir une alimentation saine, ce qui aura des répercussions sur leur état nutritionnel », s’alarme le rapport.

Toujours selon le rapport « 20,5% des enfants de cette tranche d’âge souffraient d’un retard de croissance et 7,8% d’émaciation en 2020 ».

«Si des progrès ont été réalisés dans la réduction de la dénutrition des enfants au cours des deux dernières décennies, celle-ci reste une source de préoccupation pour les décideurs dans la région, en particulier dans les pays à faible revenu», souligne Abdulhakim Elwaer.

Pourtant, le rapport pointe aussi la contradiction de la région arabe « confrontée à la malnutrition chez les enfants, mais aussi à l’obésité chez les adultes ».

Ainsi, selon le rapport « l’obésité chez les adultes a atteint 28,8 % en 2020, soit plus du double de la moyenne mondiale (13,1%) ».

Dans cette catégorie, la région se classe au troisième rang derrière l’Amérique du Nord (36,7%) et l’Australie et la Nouvelle-Zélande (30,7%).

— Changement de politique

Après avoir mis en lumière « les causes interconnectées et multiples de la faim et la malnutrition dans la région arabe », les auteurs du rapport « invitent à trouver des arbitrages en matière de politiques qui pourraient conduire à des systèmes agroalimentaires plus inclusifs, plus efficaces et plus résilients ».

Le rapport encourage également à « jeter les bases de systèmes agroalimentaires durables, de la production à la consommation. De tels systèmes permettent d’assurer la sécurité alimentaire et la nutrition de tous sans compromettre la capacité de la terre à continuer de produire pour les générations futures, et donnent accès, à tous, à une nourriture adéquate et à une alimentation saine toute l’année ».

Lassaad Ben Ahmed / Paris / Fatih KARAKAYA